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mai
26
2009

Les dinosaures vous saluent bien !

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Ecrit par Serge David   

Alors, plongée tek ou pas tek ?

 

J'avoue que j'ai un peu de mal avec la débauche de matériel et les Anglais dans ce domaine sont fascinants. Je me souviens d'un voyage à Scapa Flow. Nous prenions le ferry à Scrapster pour les Orcades et nous attendions d'embarquer avec nos petits sacs de plongée. Sur la file d'à coté, une demi-douzaine de vans s'arrêtent à notre hauteur, les portes s'ouvrent et là, c'est noël. Imaginez, un van pour deux personnes rempli de recycleurs, de bis et autre matériel à l'abri dans des caisses. Impressionnés que nous étions, nous les dinosaures. Arrivés dans la baie, sur le Halton notre bateau support de plongée, Bob Anderson le patron, nous distribue des élastiques pour mettre à nos manches de combinaisons étanches pour éviter les fuites ; ambiance !

Pendant dix jours, nous croisâmes nos collègues anglais et leurs bardas au fond de l'eau sur les épaves de Von Reuter. Profondeur maxi, une quarantaine de mètres. Avec nos 15 litres à l'air, nous profitons pleinement de nos explorations. Eux sont lents, lents à la descente, lents à la remontée, bref pas très aquatiques et surtout lourds lors de la remontée sur le bateau. D'emblée, je sens que ce genre de plongée n'est pas pour moi.

Confirmation il y a 1 mois, toujours en Ecosse, mais au large d'Oban cette fois, du coté de l'île de Mull. Une dizaine de dinosaures toujours sur le Halton explorent les épaves du coin. Profondeur maxi, 50 mètres. Toujours avec nos élastiques et nos 15 litres à l'air. Ce matin là, nous naviguons vers de nouvelles aventures, lorsque sur la VHF, Bob capte un message : un plongeur anglais est en difficulté un peu plus au nord, le skippeur du bateau demande de l'aide. On fait route vers eux.

Arrivés sur place, nous voyons qu'un homme s'agite sur le pont du bateau anglais, il est seul. Il parle fort et fait des signes que nous ne comprenons pas. Nous contournons son embarcation et nous découvrons deux plongeurs accrochés à l'échelle de remontée. L'un se débat et fait des signes désespérés, il maintient hors de l'eau son collègue qui est inanimé, en fait il est déjà mort depuis plusieurs minutes. Ses copains ont été incapable de le remonter à bord, il trempe là depuis une demi-heure et n'a pas pu recevoir les premiers soins après ce qui semble être un ADD. On se regarde avec consternation et rapidement deux dinosaures se mettent à l'eau en PMT pour aller faire le boulot. Ils parviennent à hisser le corps sur le pont et constatent les dégâts sur la personne de ce pauvre plongeur, d'autre part, les secours n'ont pas été déclenchés et il n'y a pas d'oxygène à bord. Nous venons de prendre contact avec le niveau zéro des premiers secours à plongeur en difficulté.

Six autres plongeurs anglais, qui ignorent tout du drame, sont toujours au fond en train de terminer leur plongée. Avec le Halton nous nous chargeons de les récupérer. Dans un premier temps, ils ne comprennent rien à ce qui se passe. Déjà, il faut les faire remonter à bord, certains trop lourds avec leur matériel  qui pèse des tonnes, n'y parviennent pas, il faut passer un bout dans leur tuyauterie et les tirer à la verticale pour les ramener sur le pont.

Bob maintient le Halton sous le vent de façon à ce qu'on ne puisse voir ce qui se passe sur le bateau des Anglais à une centaine de mètres de nous. Nos deux dinosaures sauveteurs s'activent mais en vain, ni le massage cardiaque, ni la respiration artificielle, ni l'oxygène, celui du Halton, ne ramèneront à la vie l'infortuné plongeur. Le bateau de sauvetage, enfin prévenu, bientôt arrive. A sa vue, les plongeurs anglais que nous avons récupérés commencent à comprendre la gravité de la situation. L'euphorie habituelle de l'après plongée laisse la place à la stupéfaction et à l'inquiétude. Rapidement les visages se ferment,  se tournent vers nous comme une interrogation. D'un signe de tête, la réponse que nous faisons est sans équivoque. C'est la stupeur et rapidement la résignation. Tout va alors très vite, le corps est transbordé sur le bateau de sauvetage qui repart à toute vitesse vers Oban. On récupère alors nos sauveteurs et les Anglais à leur tour rejoignent leur bord avec tout leur matériel. On se salue en silence et chacun repart de son côté. C'est fini, tout s'est joué en une heure et demie. Nous sommes amères car convaincus que ce type ne devait pas y rester. Chacun encaisse dans son coin comme il peut et l'après-midi, nous réenfilerons nos 15 litres à l'air pour vérifier que nous savons encore plonger selon les bonnes vieilles règles de le FFESSM. Le lendemain, les Anglais nous appellerons sur la VHF pour nous remercier et confirmer le décès de leur camarade.

Voilà, gardons-nous bien à partir de cette triste histoire d'en faire une généralité, mais pour faire simple, je dirais que je préfère un dinosaure en vie, qu'un plongeur tek mort. Ce raccourci, réducteur j'en conviens, pose néanmoins la question de la formation et de la maitrise du matériel. Je serais curieux de connaître le nombre de cartons avec recycleur ces temps ci ...

 

A suivre.

Dernière mise à jour : ( 27-05-2009 )
 
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